D’Auckland à Brisbane : 4 jours en cargo

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Avant Propos 

Aujourd’hui je monte sur le troisième cargo de ce tour du monde, direction Brisbane sur la côte Est australienne !

Ce cargo a été compliqué à obtenir. A l’origine, j’avais réservé un passage à bord du Bahia Grande, un navire identique au Bahia Negra que j’avais pris pour traverser le Canal de Panama et le Pacifique. Lors de cette traversée du Pacifique, j’avais appris que l’ensemble des 6 navires Bahia venaient d’être mis en vente par Hamburg Süd. Ce qui devait arriver arriva, le Bahia Grande fut vendu juste avant mon départ programmé de Nouvelle Zélande et mon billet fut annulé. Pour voyager en cargo, on ne le répètera jamais assez, il faut être FLEXIBLE.

Freighter Travel, l’agence néozélandaise avec laquelle j’avais réservé la traversée, a heureusement pu me trouver un autre navire, le NSB Buxstar partant 10 jours plus tard. Le hasard veut que ce NSB Buxstar était le navire sur lequel j’avais réservé un passage de Brisbane à Singapour plus tard en Février 2014. La suite me prouvera que ce ne sera pas le cas, mais ça c’est une autre histoire ! (fle-xi-bleuh)

Retour à nos moutons, nous sommes le jeudi 19 décembre et, aujourd’hui, je monte sur le Buxstar, direction le pays des kangourous.

Jeudi 19 décembre

Les jours précédents, j’étais en correspondance mail avec l’agent du port d’Auckland, responsable des opérations pour le NSB Buxstar. On a convenu qu’il passerait me prendre à l’entrée du port à 14 h 30. Je suis en avance mais ce qu’il y a de bien avec le port d’Auckland c’est qu’il se situe littéralement dans le centre ville, ce qui fait que je peux aller me siroter un café en attendant.

Dernier Ice Latté néozélandais avant le grand départ

Dernier Ice Latté néozélandais avant le grand départ

A 14 h 30, donc, je me présente avec mes bagages à la grille d’entrée du port. Je tends mon passeport, on vérifie que je suis bien sur « la liste » et on me laisse entrer en m’indiquant où attendre. Je patiente 15 minutes pendant qu’autour de moi des containers entrent et sortent sans arrêt sur des camions. Finalement, une navette s’arrête pour me prendre et m’emmener au cargo. Le Buxstar mesure 260 m de long pour 32 de large. Un beau bébé donc, mais moins gros que le MSC Uganda et ses 294 m sur lequel j’avais traversé l’Atlantique.

Je monte à bord, un membre d’équipage (philippin) me fait signer le registre et on me conduit dans le bureau du capitaine, qui ordonne à l’équipage de me conduire dans ma cabine. A l’accent, je me dis qu’il est polonais (raté, il était ukrainien). Lorsque je demande à quelle heure a-t-on prévu de lever l’ancre, il me gueule presque dessus en me disant qu’il n’a pas le temps, qu’il est occupé avec la paperasse administrative. Soit. Je sens que vais m’en faire un copain !

On me montre ma cabine, sur le deck 5 (sur 6, sans compter le poste de navigation qui se trouve encore au dessus). Bon, j’ai sûrement été pourri gâté par le Bahia Negra mais force est de constater que la cabine est pour le moins défraîchie (note pour plus tard : ne pas avoir de moquette dans la pièce principale si on ne sait pas en prendre soin). Le point positif est que j’ai un lit double pour moi tout seul dans une pièce séparée de la pièce principale.

17 h, c’est l’heure du dîner (oui, 17 h c’est tôt, très tôt, mais c’est ça où je suis bon pour aller pêcher le poisson moi-même). J’arrive au mess des officiers où le steward m’indique la table des passagers. Il n’y a qu’un couvert, je suis donc le seul passager à bord. De plus, le steward a mis mes couverts de sorte que je fais dos aux deux autres tables des officiers, comme si on ne voulait pas que je rentre en contact avec l’équipage. Je ne sais pas si c’est fait sciemment, mais ça donne l’ambiance ! Je mange ma salade de chou, poulet et riz et remonte dans ma cabine.

19 h on lève l’ancre. J’en profite pour monter sur le pont de navigation pour assister aux opérations. Je n’échange pas un mot avec l’équipage, mais pour le coup, là, c’est normal, ils ont beaucoup à faire pour sortir de la baie d’Auckland.

Le Buxstar larguant les amarres du port d'Auckland

Le Buxstar larguant les amarres du port d’Auckland

On laisse derrière nous la ville au soleil couchant. Bye, bye New-Zealand !

On laisse derrière nous la ville au soleil couchant. Bye, bye New Zealand !

La photo donne l'impression que nous sommes très haut. En réalité nous somme à la même hauteur que sur les autres cargos, c'est juste que celui-ci est particulièrement peu chargé.

La photo donne l’impression que nous sommes très hauts. En réalité nous sommes à la même hauteur que sur les autres cargos, c’est juste que celui-ci est particulièrement peu chargé

Ca y est on est en mer!

Ca y est on est en mer !

Une fois en mer, je rentre dans ma cabine, finis de lire le deuxième Hunger Games et trouve même le temps de voir quelques séries.

On se paye un petit coucher de soleil pour la forme.

On se paye un petit coucher de soleil pour la forme

Vendredi 20 décembre

Le petit déjeuner étant entre 7 h 30 et 8 h 30, je descends au mess à 8 h. Personne. Dans les cuisines, le steward s’agite. Je vais le voir et il me dit qu’on a changé d’heure dans la nuit, il est en fait 7 h. Je n’avais pas été prévenu (c’est la deuxième fois que ça m’arrive !). Je peux quand même déjeuner quelques céréales et des cafés. Cette fois, je déplace les couverts pour faire face aux autres tables. Non mais.

La salle du mess des officiers, j'ai déplacé mes couvert pour leur faire face :)

La salle du mess des officiers, j’ai déplacé mes couverts pour leur faire face 🙂

La vaisselle est aux couleurs de NSB...

La vaisselle est aux couleurs de NSB…

... et comme c'est bientôt Noël, on a même droit à un vrai-faux sapin en plastique !

… et comme c’est bientôt Noël, on a même droit à un vrai-faux sapin en plastique !

J’en profite pour apprendre que le steward s’appelle Jessie et que l’ensemble de l’équipage est philippin mis à part le capitaine (et moi, donc). Je remonte dans la cabine. La mer est très forte aujourd’hui, le bateau tangue de plusieurs mètres d’un côté et de l’autre. Heureusement que je n’ai pas le mal de mer ! Des trois voyages en cargo, celui-là aura été le plus mouvementé. Je pense que c’est dû au fait que les vagues nous attaquent par le côté et non de face comme sur mes précédents voyages. Mais mieux vaut une vidéo qu’un long discours 🙂

Je décide de faire une petite sieste, bercé par cette houle. Car il n’est, après tout, que 7 h 30. Je suis réveillé par un bruit de roulement suivi d’un *bling!*. La bonne bouteille de vin néozélandais qu’Hannah m’avait offerte pour accompagner le fromage de chèvre que j’avais emporté venait de tomber et s’était cassée sur la moquette. Oopps… Je nettoie comme je peux et ouvre tous les vasistas. La cabine sentira le vin pendant 24 h… pfffff. Heureusement que la chambre est séparée de la pièce principale, je pourrai dormir tranquille.

Au déjeuner, je croise quelques officiers aux autres tables, mais pas le capitaine. D’ailleurs durant tout le trajet je ne verrai pas le capitaine avant d’accoster à Brisbane. A croire qu’il faisait monter ses repas en cabine ?

En remontant en cabine, je vois cette fois qu’on a pensé à informer l’équipage du nouveau changement d’heure à venir.

Ah, cette fois, on prévient qu'on va reculer d'une heure !

Ah, cette fois, on prévient qu’on va reculer d’une heure !

Le soir, alors que je suis en cabine, le téléphone sonne. Un membre d’équipage m’invite à venir à la « recreation room » car il y a une fête en l’honneur de deux membres d’équipage célébrant leur anniversaire. Bien content, je descend… et me retrouve au milieu de 20 philippins et, évidemment, un karaoké géant ! En plus de cela, ils ont même ramené avec eux guitares et batteries. Et ils ne sont pas mauvais ! 

Le Buxstar Band fait son show. Derrière on aperçoit l'écran sur lequel des karaokés tournent en boucle

Le Buxstar Band fait son show. Derrière, on aperçoit l’écran sur lequel des karaokés tournent en boucle

Je passe une très bonne soirée en leur compagnie et la soirée s’étale jusqu’à très tard. Je n’aimerais pas travailler comme eux le lendemain !

L'équipage (presque) au complet.

L’équipage (presque) au complet

J’en profite pour en apprendre un peu plus sur les raisons de l’ambiance si particulière : le cargo fait son dernier voyage, il va être vendu (lui aussi !) une fois arrivé à Singapour, après l’escale à Brisbane. A Brisbane d’ailleurs, l’ensemble de l’équipage et le capitaine vont être remplacés par un équipage (indien) de la compagnie repreneuse qui sera en charge d’inspecter le bateau et d’en trouver les défauts afin de faire baisser le prix. Bref, l’humeur de l’équipage (et surtout du capitaine, j’imagine) est un peu à l’heure de la soupe à la grimace… Je comprends mieux le pourquoi de l’ambiance.

Du coup, mon problème devient qu’il semble peu plausible que je puisse rembarquer sur ce même navire en février pour me rendre de Brisbane à Singapour… et en effet ce ne sera pas le cas. Vous ai-je dit qu’il fallait être flexible pour voyager en cargo ?

Samedi 21 décembre

Je passe le temps entre lectures, séries et contemplation de l’océan. La vie est belle 🙂

Pour voyager en cargo, il ne faut pas être allergique aux couchers de soleil !

Pour voyager en cargo, il ne faut pas être allergique aux couchers de soleil !

Dimanche 22 décembre

Nous avons changé d’heure une dernière fois. Trois journées de 25 heures d’affilée, c’est le top ! Après le petit déjeuner, je remarque que les moteurs ont été arrêtés. Après renseignement, on est allé trop vite les premiers jours ! Je me disais bien qu’on allait à bonne allure comparé aux voyages précédents.

Du coup, on passe la journée en restant totalement immobile, et donc totalement silencieux. On ne remettra les moteurs en route que le soir vers 22 h.

Pour les curieux, le plan des étages

Pour les curieux, le plan des étages

Comme c’est dimanche, on a droit à un gros steak et de la glace. J’aime les dimanches. J’apprends qu’on devrait arriver à Brisbane vers 15 h le lendemain. Le pilote a prévu de monter à bord vers 11 h pour nous guider jusqu’à bon port.

Je finis la trilogie des Hunger Games. Bons petits bouquins pour passer le temps. Sans plus.

La cheminée du Buxstar

La cheminée du Buxstar

Lundi 23 décembre

Au réveil, nous sommes en vue des côtes d’Australie. Youpi ! Vers 11 h, comme prévu, un bateau pilote s’approche et son pilote monte à bord du Buxstar. Nous sommes en fait arrivés assez au Nord de Brisbane et devons redescendre en longeant les côtes pour arriver au port. J’imagine que c’est le couloir maritime d’approche standard. Le capitaine refait son apparition.

Droit devant, l'Australie !

Droit devant, l’Australie !

Nous arrivons au port aux environs de 14 h. Nous faisons un demi-tour aidé par les bateaux remorqueurs avant d’amarrer, c’est assez impressionnant.

Le port de Brisbane, construit sur une ile artificielle à la sortie de l'embouchure de la rivière Brisbane.

Le port de Brisbane, construit sur une île artificielle à la sortie de l’embouchure de la rivière Brisbane

Des remorqueurs nous assistent à faire un demi tour, tout en remuant le sable et le limon

Des remorqueurs nous assistent à faire un demi-tour, tout en remuant le sable et le limon

Demi-tour en cour, encore un petit effort !

Demi-tour en cours, encore un petit effort !

Une fois amarré,  l’immigration monte à bord presque immédiatement. Je suis appelé dans le bureau du capitaine où deux agents très sympathiques me demandent de remplir un formulaire et tamponnent mon passeport. J’ai toujours eu de bonnes expériences avec les agents de l’immigration dans les ports. En général, ils sont nettement plus sympatiques que dans les aéroports.

Je pense que je suis bon à partir mais je dois encore attendre d’obtenir le feu vert de l’officier de quarantaine. L’Australie est très à cheval sur les matières animales ou végétales importées. Celui-ci arrive après environ 30 minutes, me pose quelques questions (je n’ai rien d’animal, ni de végétal, ni d’objets en bois), inspecte mes bagages et appose un autocollant jaune « Quarantine Passed » du plus bel effet sur chacun d’eux.

Pendant que les opérations de chargement/déchargement commencent, un agent de sécurité vient me prendre au pied du cargo, me dépose aux grilles du port et commande un taxi pour m’emmener au centre ville. Je suis en Australie !

Ayé, je suis sur le sol australien

Ayé, je suis sur le sol australien

Cette traversée aura été vraiment particulière de part l’ambiance à bord, mais j’en garde finalement un très bon souvenir.

Des envies de Grand Voyageur ?

  • J’ai payé 785 € pour ces 4 jours de traversée. Cher ! La faute principalement aux charges du port de Brisbane (255 €!) et à l’assurance déviation obligatoire (105 €)
  • Freighter Travel, agence de cargo : http://www.freightertravel.co.nz

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Commentaires

  1. Eliateck a écrit:

    Beaucoup aimé cette relation de voyage, tous ne se ressemblent pas et c’est sans doute une chance ! J’ai bien pleuré à l’évocation de la bouteille de vin qui a chuté 😉

  2. Marge a écrit:

    A mon avis, l’odeur de pinard dans ta chambre a dû faire pencher la balance du prix du bon côté pour les acheteurs !!

  3. Marge a écrit:

    ça y est ! ai écouté l’émission !! C’étaitt bon de t’entendre !
    Plus chèvre que bateau !! 🙂 🙂 🙂 si avec ça on n’a pas compris que nos fromages te manquent !!
    A la semaine prochaine sur Le mouv’ !

  4. romualde a écrit:

    Oh que c’est bien de t’entendre presque en live dans « le poste » en plus du blog nous allons être accro au mouv’

  5. Un armateur vend son cargo parce qu’un passager a vidé son vin sur la moquette ….. Un peu radical, le type !

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