Traversée du Pacifique à bord du Cargo Bahia Negra : semaine 1

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Toujours à bord du Bahia Negra, un porte conteneur m’emmenant de Colombie en Nouvelle Zélande. Après la traversée du Canal de Panama, je suis maintenant en plein Océan Pacifique, et ce pour 17 jours!

Dimanche 20 octobre 2013

La journée se passe à lire (vive les liseuses électroniques qui permettent de transporter avec soi une bibliothèque entière tenant dans quelques centaines de grammes !).

A midi, comme au petit déjeuner et au dîner, je suis assis à la table du Capitaine (polonais) avec l’officier en second (ukrainien) et le couple de passagers-marins (britanniques). Dans la salle du mess des officiers, la deuxième table est occupée par le reste des officiers (tous polonais). De l’autre côté du couloir se trouve le mess de l’équipage, tous philippins. Entre les deux, la cuisine où le chef (philippin également) est aux fourneaux sans relâche (il prépare des plats différents pour l’équipage et les officiers/passagers).

La table du Capitaine, avec au milieu toutes les sauces possibles et inimaginables ainsi que des cornichons polonais (oui oui)

La table du Capitaine, avec, au milieu, toutes les sauces possibles et inimaginables ainsi que des cornichons polonais (oui oui)

Après déjeuner, je passe commande au capitaine de quelques bières en duty free à “la cantine”. Les bières ne se vendent que par pack de 24 (pour 12 € !). J’en laisserai une partie derrière moi 🙂

Le soir, le capitaine nous invite à prendre « l’apéro » avec le reste des officiers. On ne se mélange pas avec le reste de l’équipage qui eux, en bon philippins, font chauffer la machine à karaoké dans leur salle dédiée, tous les soirs.  Contrairement à ce que j’avais imaginé (à mélanger des marins polonais et ukrainiens), ce n’est pas une soirée de beuverie, loin de là. La plupart prendront une bière avant de partir se coucher, quelques-uns en prendront deux et quelques rares trois (dont les trois passagers… oups?). Le capitaine fait initialement office de barman, mais comme il tourne au coca (il ne boit jamais en mer), il prend bien vite congés et me nomme barman en second, étant le plus jeune de la bande. Je prends mon rôle très au sérieux.

 Lundi 21 octobre

Comme signalé par un panneau à l’anglais approximatif dans le couloir aujourd’hui, cette nuit nous changerons d’heure et reculerons d’une heure, voyage vers l’ouest oblige.

Ce message est très compréhensible en franglais. Mais il se trouve qu'en anglais "retard" signifie attardé (en parlant de quelqu'un)... :)

Ce message est très compréhensible en franglais. Mais il se trouve qu’en anglais “retard” signifie attardé (en parlant de quelqu’un)… 🙂

La journée fera donc 25 heures et ça c’est le top! Car vous allez vous coucher le soir et hop, il est une heure de moins au compteur. Et donc une heure de plus à dormir ! Je pense que je suis réglé pour fonctionner parfaitement sur un rythme de 25 heures quotidiennes, beaucoup plus qu’un rythme de 24 heures.

En fin de matinée, nous visitons la salle des machines, guidé par le Chef Ingénieur. J’avais déjà visité la salle des machines du MSC Uganda lors de la traversée de l’Atlantique, donc, évidemment, c’est moins impressionnant la deuxième fois. Il n’empêche c’est une machinerie assez incroyable pour faire avancer un navire de cette taille.

Les consoles de la salle de contrôle

Les consoles de la salle de contrôle

Le moteur principal et ses 8 pistons. Pas facile à rendre compte de la taille du machin, mais il suffit de regarder les marches à taille "humaine" en jaune pour se rendre mieux compte. Et le bruit est infernal.

Le moteur principal et ses 8 pistons. Pas facile à rendre compte de la taille du machin, mais il suffit de regarder les marches à taille “humaine” en jaune pour se rendre mieux compte. Et le bruit est infernal.

On va éviter d'ouvrir...

On va éviter d’ouvrir…

Au milieu de la visite, une alarme retentit et les mécanos se mettent à courir dans tous les sens. Le chef ingénieur lui, continue sa visite guidée comme si de rien n’était. Les alarmes machines retentissent plusieurs fois par jour, cela n’a rien d’inquiétant dans l’immense majorité des cas.

Une alarme assourdissante retentit alors que nous sommes en pleine visite (notez le symbole engrenage allumé... oups?)

Une alarme assourdissante retentit alors que nous sommes en pleine visite (notez le symbole engrenage allumé… oups ?)

Nous continuons la visite.

Au plafond, des tuyaux courent dans tous les sens. Je n'aimerais pas être le plombier ou l'électricien de service si l'un d'eux venait à être défectueux.

Au plafond, des tuyaux courent dans tous les sens. Je n’aimerais pas être le plombier ou l’électricien de service si l’un d’eux venait à être défectueux

Ces bombonnes sont des extincteurs géants reliés à la salle des machines et au reste du navire s'activant en cas d'incendie.

Ces bombonnes sont des extincteurs géants reliés à la salle des machines et au reste du navire, s’activant en cas d’incendie

Les chambres de combustion du moteur principal. Nous somme juste au dessous de la photo précédente montrant les pistons. Oui, c'est un GROS moteur :)

Les chambres de combustion du moteur principal. Nous somme juste au-dessous de la photo précédente montrant les pistons. Oui, c’est un GROS moteur 🙂

Le reste de la journée se passe comme toutes les autres entre lectures (je finis Harry Potter 6… Bah quoi ?), films et ballades sur le pont de navigation.

Coucher de soleil à l'horizon. A priori on se dirige bien vers l'ouest, tout va bien.

Coucher de soleil à l’horizon. A priori on se dirige bien vers l’ouest, tout va bien

Mardi 22 octobre

Aujourd’hui nous passons au large des îles Galapagos et de ses anormalités magnétiques.

Le trait au crayon représente notre cap et notre relevé de position toutes les deux heures. Nous passons juste au nord des îles Galapagos.

Le trait au crayon représente notre cap et notre relevé de position toutes les deux à quatre heures. Nous passons juste au nord des îles Galapagos

Plus tard dans la journée, nous passons l’équateur ! C’est un grand moment, à partir de maintenant, les tourbillons d’eau vont se faire dans l’autre sens (oui, au milieu du Pacifique, on en vient à se réjouir de petites choses).

Comme l'indique le relevé GPS en salle des machines, nous venons juste de passer l'équateur

Comme l’indique le relevé GPS en salle des machines, nous venons juste de passer l’équateur

Depuis hier, l’officier en second à commandé à l’équipage de nettoyer le pont principal. Le Capitaine, pas chien, a rempli les balastes du côté où l’équipage travaille pour les aider à évacuer l’eau. Du coup on penche pendant 48 heures, d’un côté, puis de l’autre. Oh well…

Non, ce ne sont pas les vagues qui nous font pencher, mais juste les ballastes pour faciliter le nettoyage du pont.

Non, ce ne sont pas les vagues qui nous font pencher, mais juste les ballastes pour faciliter le nettoyage du pont

Je vous remets un petit coucher de soleil. Vous me dites quand vous en avez assez, ok ?

Il est pas beau ce coucher de soleil ? Elle est pas belle la vie ?

Il est pas beau ce coucher de soleil ? Elle est pas belle la vie ?

Mercredi 23 octobre

Aujourd’hui, on aperçoit, au loin (visibles avec des jumelles) des bateaux de pêche, au milieu de nulle part. Un bateau mère qui stocke le poisson est entouré d’une flotte de bateaux plus petits qui le pêchent, visiblement au filet. J’apprends que le Capitaine est un ancien marin pêcheur qui a écumé la mer du Nord pendant des années avant de se tourner vers le fret.

Comme il fait un temps superbe, je décide d’aller lire à la proue.

Pour se rendre en proue, il faut marcher environ 200m le long du navire, sous les containers.

Pour se rendre en proue, il faut marcher environ 200 m le long du navire, sous les containers.

Une fois sur place, c'est le calme absolu, loin des nuisances sonores du moteur. Seul le bruit des vagues sur la coque du navire rompt le silence.

Une fois sur place, c’est le calme absolu, loin des nuisances sonores du moteur. Seul le bruit des vagues sur la coque du navire rompt le silence

Les rouleaux servent à passer et bloquer les lourdes cordes, lorsque le navire est amarré

Les rouleaux servent à passer et bloquer les lourdes cordes, lorsque le navire est amarré

Une fois sur place, je me cale le long de la balustrade à l’abri du vent. Autour du mât de proue tournent 5 gros oiseaux (albatros ?) qui nous accompagnent depuis Panama.

Cet oiseau, au milieu de nulle part, ne semble pas vouloir nous quitter.

Cet oiseau, au milieu de nulle part, ne semble pas vouloir nous quitter

Je m’inquiète un peu de ces oiseaux aussi loin de toute terre mais l’équipage me dit que c’est habituel et qu’à un moment ils finiront par s’en aller quand ils sentiront qu’ils seront trop loin des côtes. J’apprendrai plus tard, en Nouvelle Zélande, qu’un oiseau tel que l’albatros royal passe entre 5 et 6 années d’affilée de sa vie en pleine mer sans jamais rejoindre la terre ferme. Drôle de vie.

Le soir, de retour à la cabine, je constate que lire pendant une heure au soleil alors que nous venons juste de traverser l’équateur n’était pas l’idée du siècle.

Comment dire. Aïe ?

Comment dire. Aïe ?

Jeudi 24 octobre

On trouve de tout sur le cargo : salle de divertissement, bureaux, salle de sport, piscine (remplie d’eau de mer et non chauffée), sauna, machines à laver… heureusement que des plans sont présents partout pour se repérer.

Plan des étages du "château" (la partie habitée du navire). Cliquez pour agrandir.

Plan des étages du “château” (la partie habitée du navire). Cliquez pour agrandir

Le pont de navigation s'appelle "Wheelhouse", littéralement "Maison de la Roue" . Même si la roue, cela fait longtemps qu'elle a été remplacée par des Joysticks.

Le pont de navigation s’appelle “Wheelhouse”, littéralement “Maison de la Roue” . Même si la roue, cela fait longtemps qu’elle a été remplacée par des Joysticks.

Ce soir on change d’heure : Yay !

Vendredi 25 octobre

Aujourd’hui, le couple de passagers britanniques et moi-même participons à l’exercice incendie. On ne nous demande pas grand chose : lorsque l’alarme retentit, on doit se présenter au poste de pilotage avec des vêtements chauds ainsi que notre gilet de sauvetage. Lors d’un vrai incident, nous devrons aussi prendre notre combinaison de survie.

Une fois au poste de pilotage, le capitaine nous rappelle les règles de sécurité, puis nous donne quartier libre pendant que l’équipage continue l’exercice de simulation de mise à la mer des canots de sauvetage. L’équipage a l’air mieux préparé que sur le MSC.

A part cela, c’est une autre journée tranquille qui se déroule.

Samedi 26 octobre

Ce samedi c’est barbecue ! En effet, toute l’équipe (officiers et membres d’équipage) se retrouve en poupe, sous les containers, pour une soirée grillades. L’endroit est décoré de guirlandes de lumières colorées donnant un petit coté festif.

Sur la table : poulet, bœuf, poulpe, saucisses, salades et bières. Chacun prend ce qui lui plaît et se cuit sa viande ou ses poulpes comme bon lui semble.

Au milieu des grues et sous les containers, on improvise un espace Barbecue

Au milieu des grues et sous les containers, on improvise un espace barbecue

L’équipage philippin a descendu la machine à Karaoké. Evidemment. Certains sont vraiments pros alors que d’autres… bref… ont de la marge de progression 🙂 La soirée est sympathique et clôt, comme il se doit, cette première semaine sur le Pacifique.

La machine a Karaoké crée l'ambiance pendant le repas.

La machine a Karaoké crée l’ambiance pendant le repas

On est pas mal finalement à l'arrière par cette chaude soirée sous les tropiques.

On n’est pas mal, finalement, à l’arrière, par cette chaude soirée sous les tropiques

Oh, un coucher de soleil !

Oh, un coucher de soleil !

Dans un peu plus d’une semaine nous serons en Nouvelle Zélande !

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Commentaires

  1. Marge a écrit :

    Questions du jour :
    1. ça fait quoi d’être barman ?
    2. as-tu chanté pendant le karaoké ?

    Quant à tes journées de 25 heures, peut-être que tu devrais de recycler et travailler sur des cargos toute l’année !

    PS : c’est bon de te lire à nouveau !

  2. Eliateck a écrit :

    Il me tardait……………………… 😉
    C’est une vraie croisière en fait, juste le décor change et le nombre de touristes ! Et je me pose la question : pourquoi tous les membres d’équipage – hormis capitaine et affiliés – sur tous le bateaux sont Philippins ?

    • Parce que les marins sont payés en fonction de leur nationalité. Donc payer un “Motorman” philippin revient moins cher que d’en payer un anglais. Les officiers sont en général européens dans les boites européennes. Question de formation et legislation j’imagine.

      • Eliateck a écrit :

        J’avais bien compris ! Ma question était surtout “Pourquoi des Philippins et pas d’autres qui seraient payés au même tarif?” Peut-être que les Philippins ont une formation/tradition de marins que n’ont pas d’autres ? Va falloir que je me renseigne 😉

  3. bondie a écrit :

    comme d habitude beaucoup de belles images et beaucoup d humours dans vos
    messages un vrai bonheur de lire tout cela, a bientot pour la suite des aventures

    comment va ti chat pas vu cette fois?

  4. Ah, cela me fait plaisir d’avoir de nouveau de la lecture ici !! Je suis plus que tentée par un voyage en cargo… combien de temps en avance avais-tu réservé celui-ci ? Et niveau budget cela donne quoi ? Je serais ravie d’avoir plus d’infos par mail, si tu as un moment 😉
    Bon, et sinon j’ai une autre question… Où est T-Chat ??????????????????????
    A bientôt ! 🙂
    Aurélie Articles récents…Weed-end surprise à Reims (23 et 24 novembre 2013)My Profile

    • T-Chat a pris un peu de repos photographique ces derniers temps 🙂 Mais il est toujours là, e n mode baroudeur !
      Je te fais un mail à propos du cargo.

  5. le pater a écrit :

    Je ne te connaissais pas ce talent délicieux de caméléon, avec des jambes finement assorties au rouge de la proue, dis-moi tout, avais-tu les cheveux et la tête bleue-ciel des antipodes?
    Bien à toi, l’aventurier tranquille.

  6. Greg a écrit :

    Et dire que tu es aux antipodes et qu’on a l’impression que tu nous racontes ton voyage à table autour d’une bonne bouffe !
    Qui sait, peut-être t’engageras-tu dans la marine marchande à ton retour 😉

    Sinon, pour l’alcool à la barre, c’est pareil que l’alcool au volant, c’est interdit. C’est donc tout à fait normal que le capitaine ne boive pas, ce qui ne doit pas être le cas sur tous les bateaux.

    C’est vraiment beau l’océan vu du large !! Bonne route GrandVoyageur !

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